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Mouvement lycéen : L’heure de rappeler quelques vérités

C’est l’actualité qui domine les quelques derniers jours : le mouvement lycéen qui sévit en France et se traduit par des blocus dans plus de 500 établissements. Un mouvement aux revendications très diverses :  l’augmentation des moyens financiers attribués à l’éducation nationale, la diminution des effectifs dans les classes et donc conséquemment un recrutement du nombre d’enseignants, une rénovation des bâtiments scolaires, la lutte contre la « surcharge » concernant les emplois du temps ou encore l’abrogation de parcoursup. Il ne s’agit pas d’un mouvement unifié, d’ailleurs, les syndicats lycéens sont assez peu présents, il s’agit davantage d’un mouvement hétéroclite spontané aux revendications diverses parfois certains blocus portent aussi des doléances propres à l’établissement concerné. Ce mouvement a été rejoint par plusieurs universités, 30 étaient bloquées vendredi dernier. Ce mouvement sature l’espace médiatique, avec une appropriation très forte – et non surprenante- de la part de la France Insoumise, en témoigne la présence des cadres du parti à plusieurs blocus. Les militants lycéens et LFI dénoncent, eux les violences policières, alors qu’au même moment, nous avons tous vu des scènes d’une violence extrême notamment dans le lycée de Nantes qui a pris feu pour ne citer que cet exemple. Ce mouvement aux revendications très vagues et assez peu construites est inédit par son ampleur, le gouvernement tente d’y apporter des réponses, aussi vagues que le sont les revendications comme un plan systématique de remplacement des enseignants, sans en dire plus. Il est nécessaire de rappeler quelques vérités générales avant de revenir sur le mouvement et notamment la question des « violences ».

Les chiffres rien que les chiffres

Comme nous avons pu le constater les lycéens qui manifestent  portent une myriade de revendications parfois très diverses et souvent imprécises. Commençons par la question des moyens : les manifestants sont d’accord sur un point : ils veulent plus de moyens financiers dédiés à l’Education Nationale afin de pouvoir recruter des enseignants et donc réduire les effectifs par classe.  Parlons d’un point précis, la question du nombre d’élèves par classe, dans les médias, les bloqueurs parlent de chiffres comme 40 élèves dans une classe, sans nier forcément la véracité des propos avancés individuellement, il est nécessaire de regarder les faits, rien que les faits. Et les chiffres sont clairs, en filière générale la moyenne en France, selon la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), le service statistique de l’éducation nationale, est de 30,2 élèves par classe. Effectivement ce chiffre n’a pas cessé d’augmenter depuis les années 80, avec des périodes de forte augmentation et des périodes de baisse, avant de se stabiliser depuis les années 2010 autour de 30 élèves. En 1990 c’était 29,7. En lycée professionnel, c’est l’inverse ! Depuis 1980 le nombre d’élèves est passé de 23,5 en 1980 à 19 aujourd’hui. Dire que le nombre de lycéens par classe n’a jamais été aussi élevé- comme l’a dit Sophie Binet aujourd’hui- de manière globale est tout simplement faux.  Il est même possible d’affirmer que les conditions de travail des lycéens, en se fiant uniquement aux effectifs s’est améliorée et la DEPP l’explique pourquoi. Comme nous le savons, est entrée en vigueur depuis 2019, une réforme du baccalauréat  qui a la particularité de « casser » le groupe classe, conduisant au fait que la classe entière ne se réunisse que pour les cours de tronc commun (langues vivantes, enseignement scientifique, philo ou français selon l’année).  Pour les enseignements dits de spécialité, les classes sont soit  mélangées, soit en format réduit. A ce titre, la DEPP a créé un nouvel indicateur, le « nombre d’élèves par structure » donc, en moyenne, le nombre d’élèves devant un enseignant en moyenne et cet indicateur indique 23,9 élèves en moyenne ce qui est nettement moins et nettement inférieur aux années 1980 et 1990. Ça ne veut pas dire que tout est parfait, il y a notamment une grosse problématique pour les classes de seconde qui mélangent général et technologique avant que le « tri » de fin de seconde ne soit fait, ce qui conduit, in fine à des classes plus élevées.  

Les réelles problématiques de l’éducation nationale

Dans une optique plus macro, si nous regardons, le taux d’encadrement, la France est clairement un des pays avec le ratio élève/enseignant le plus élevé d’Europe avec 17,9 élèves pour un enseignant avec une moyenne européenne de 13,3, mais il est aussi bon de rappeler que de 2015 à 2020. la France a continué de recruter des enseignants continuellement, avec une hausse de la part de contractuels, dans un contexte de baisse démographique du nombre d’élèves depuis 2020. En 2025, la France a perdu 109 000 élèves. Il est aussi bon de rappeler que la France dépense 5,1 % de son PIB dans l’éducation nationale, ce qui n’en fait pas le premier du classement européen, mais la place au-dessus de la moyenne européenne, mais c’est nettement moins que les pays scandinaves qui sont les premiers. Rappelons néanmoins plusieurs éléments, la France dépense beaucoup dans le secondaire, 2,2 % du PIB, largement plus que la moyenne européenne (1,7 %), et est le deuxième pays de l’UE en taux de dépenses publiques allouée au secondaire. Tout l’inverse des pays scandinaves qui investissent surtout dans le primaire et la petite enfance. Et surtout, la plus grosse part du budget éducatif (19 %) va aux lycées.

Eric Charbonnier, analyste auprès de l’OCDE souligne néanmoins plusieurs paradoxes qui peuvent expliquer le « délabrement » de certains lycées ou le fait que les effectifs d’élèves par enseignant soient aussi élevés.  Il explique notamment que la France compte plus d’établissements scolaires que les autres pays européens, donc des coûts de fonctionnement beaucoup plus importants. La France propose aussi beaucoup plus d’options que les autres pays européens et encore plus depuis la réforme du bac, ce qui consomme beaucoup d’heures d’enseignements.  Il est aussi important de rappeler plusieurs particularismes du modèle éducatif français : tout d’abord l’existence d’une filière professionnelle intégrée à l’Ecole. La France, a, beaucoup plus que les autres pays européens développé la filière professionnelle, en Allemagne, en Autriche ou en Suisse, la filière professionnelle se fait surtout par l’apprentissage donc avec une majorité du temps en entreprise, quand en France, les lycéens en filière professionnelle passent la majorité de leur temps à l’Ecole. A l’inverse les pays scandinaves ont choisi de ne pas développer du tout de filière professionnelle ce qui pose d’autres questions, mais est aussi un choix de société. Enfin, il est essentiel de rappeler qu’une part très importante (28 % du budget éducation) est alloué aux pensions de retraite des enseignants, puisque la spécificité française c’est d’intégrer les pensions dans le calcul de la retraite. Il est aussi important de rappeler l’existence en France de dispositif de discrimination positve : les REP, uniques en Europe qui représentent aussi un coût pour l’Etat. Les retraites des enseignants sont très élevées en Europe avec un taux de remplacement de 75 % contre 62 % en moyenne au sein de l’UE.

Une autre particularité française est le nombre d’heures d’enseignements, ce qui permet une magnifique transition avec l’autre partie : la question de la « surcharge des emplois du temps ». La France a la singularité historique de proposer un nombre de semaines de vacances très important (16), avec une année très concentrée (36 semaines) contre 39 en moyenne dans l’OCDE. Ceci explique les fameuses journées « 8 heures-18 heures » dénoncées par les lycéens. Une telle concentration vient de la volonté de proposer un très grand nombre de matières en particulier dans le secondaire. La difficulté à établir des emplois du temps depuis la réforme du baccalauréat de 2019 conduit beaucoup d’établissements à devoir élargir les plages horaires pour garantir le libre-choix des spécialités, ce qui explique les journées à rallonge avec de nombreux « trous » dans la journée

La question des journées à rallonge

A titre personnel, je considère comme une bonne solution de s’inspirer du modèle germanique ou scandinave : des journées plus courtes, avec l’extrascolaire intégré l’après-midi et des vacances scolaires réduites. Le problème est que, réduire les vacances scolaires, implique de faire accepter aux enseignants qu’ils auront moins de vacances et il est inutile de dire que les syndicats ne seront pas de cet avis. Cela implique aussi de faire accepter aux acteurs du tourisme, qu’il va peut-être falloir réduire la durée des vacances d’été, ce qui ne sera pas aisé non plus. Il va simplement falloir assumer un choix :soit rester sur des journées aussi longues et donc conserver intact la durée des vacances scolaires ou les réduire pour avoir des journées plus courtes, il n’y a pas de secret.  Néanmoins, il est aussi bon de rappeler aux lycéens qu’une journée où on se lève à 6h30 et où on rentre à 19 heures, est le quotidien de millions de français et probablement celui qui les attendra dans très peu d’années. Infliger de telles horaires à des écoliers ou des collégiens est une hérésie, à des lycées, qui ne sont plus des enfants, l’est beaucoup moins.

Ce qu’il faut faire

L’éducation nationale a besoin d’être réformée, mais les réformes nécessaires sont loin d’être populaires. Il est temps d’assumer que la démocratisation scolaire à outrance, que l’on peut nommer aussi l’égalitarisme a été un échec, il faut supprimer le collège unique et assumer que conduire plus de 80 % d’une génération au baccalauréat est une hérésie.  Il faut aussi développer massivement l’apprentissage dès 16 ans, ce qui n’empêche pas de proposer parallèlement une formation généraliste solide, en ce sens le modèle du lycée professionnel est un excellent compromis français, face au « tout-apprentissage » germanique et au « tout-scolaire » scandinave.  Il faut aussi réduire le tronc commun au lycée : est-ce vraiment nécessaire, au lycée, d’avoir un cours d’enseignement scientifique obligatoire pour des élèves qui se dirigent vers des filières littéraires ou économiques ? Est-ce indispensable d’avoir du sport obligatoire au lycée ? La réponse est non. Il est nécessaire de recentraliser radicalement le tronc commun autour du français, des langues vivantes, de la philosophie et éventuellement de l’histoire-géographie dans un format plus réduit. Il pourrait être aussi pertinent d’expérimenter une régionalisation plus poussée de la gestion des lycées. Aujourd’hui le ministère à Paris, paie les salaires, les régions les infrastructures, pourquoi ne pas déléguer (en échange de dotations évidemment) le paiement des salaires aux régions, ainsi que la plupart des compétences des rectorats ? C’est beaucoup plus logique et permettrait de recentrer l’Etat sur l’établissement des programmes scolaires.  Evidemment pour cela les enseignants devront assumer de ne plus être des fonctionnaires d’Etat mais des fonctionnaires territoriaux. Il faut aussi donner plus d’autonomie aux chefs d’établissement : liberté de recruter les enseignants voire possibilité d’adapter la dotation horaire, avec une limite annuelle.

Rétablir la loi anti casseurs

Enfin est souvent évoquée la question des violences. A ce titre, le mouvement peut se tarir d’un soutien international de poids : l’Iran qui a condamné les violences policières en France en répression de ce mouvement. Dixit le régime qui a assassiné 30 000 iraniens en moins d’une semaine. Comme quoi nous avons tous les amis que nous méritons. Plus sérieusement, beaucoup d’images ont circulé de policiers ayant recours à des méthodes plus ou moins fortes pour ramener l’ordre, il est important de laisser la justice juger. Dans le même temps, ceux qui, à l’extrême gauche de l’échiquier politique, critiquent les «  violences policières » sont nettement moins enclins à condamner les violences du côté des lycéens, alors qu’elles sont nombreuses :715 membres des forces de l’ordre ont été blessés (contre 215 élèves), 85 personnels éducatifs dont 50 proviseurs. Rappelons qu’un proviseur a été aspergé d’essence avec des feux de poubelle juste à côté, l’intention de ceux à l’origine de cet acte était claire et terrifiante. Rappelons que quand le lycée Nelson-Mandela a pris feu à Nantes, des lycéens étaient dans cet établissement. Des lycéens auraient pu mourir d’actes d’autres lycéens. La justice fera son travail concernant les policiers, mais il est bon de rappeler qu’ils font face à un mouvement ultra-violent, beaucoup plus que les mouvements précédents notamment 1986 avec Devaquet. Cette violence est revendiquée par une partie des manifestants et de leurs soutiens en présentiel qui disent que c’est la seule façon de se faire entendre.  Il est donc plus que jamais nécessaire de durcir le ton face à ces actes séditieux et cela ne peut passer que par le rétablissement de la loi anti-casseurs, et même si le principe « casseur-payeur » paraît impossible à appliquer face à des parents insolvables un principe « casseur-réparateur » via des TIG est tout à fait envisageable.

Pour conclure, nous faisons face à une extrême gauche qui ne cache plus ses ambitions séditieuses

Pour conclure, nous avons affaire à une minorité très perturbatrice.  Rappelons que bloquer un lycée est un acte illégal, et que par celui-ci tous les lycéens sont pénalisés, notamment ceux qui souhaitent réussir leur scolarité. Les lycéens bloqueurs disent ne pas étudier dans de bonnes conditions mais se privent eux-mêmes de leur scolarité par leur blocus mais aussi en dégradant fortement leur lieu d’études, comme nous avons pu le voir dans de nombreux lycées. Le lycée Nelson-Mandela à Nantes était tout récent, à causes d’actes de lycéens il va être fermé pendant plusieurs semaines voire mois. Ce qui est terrifiant, est la violence, à laquelle, depuis 2018 et le mouvement des gilets jaunes, tout le monde semble s’habituer. Les médias sont passés très vite sur les 50 proviseurs, innocents, blessés et sur celui qui a été aspergé d’essence.  La France Insoumise porte une immense part de responsabilité en ayant attisé la haine en soutenant ouvertement et directement un mouvement illégal et ne condamnant qu’à demi-mots les violences des participants à ce mouvement. C’est un parti séditieux, ni plus ni moins et nous le savons depuis bien longtemps notamment en 2023 lorsque ce parti a soutenu des émeutiers. Il sera important de se souvenir de cela en 2027.  

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