Gabriel Zucman : le nouveau gourou bonimenteur de la gauche
Toute la France a dû en entendre parler, et pour cause, il est devenu la nouvelle coqueluche de la gauche et de l’extrême gauche : Gabriel Zucman. Plus que l’économiste lui-même, c’est la taxe qui porte son nom qui est mise en avant. Pour résumer, la taxe Zucman a pour ambition de créer un impôt plancher de 2% sur le patrimoine des ultra-riches, donc selon l’économiste, les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros sans distinction entre le patrimoine professionnel, financier ou immobilier. Une taxe qui, selon l’auteur, permettrait de rapporter entre « 15 et 25 milliards d’euros » (Jean-Michel à peu près, sors de ce corps !). Une solution magique pour la gauche dans son ensemble, du PS à LFI, qui permettrait de s’éviter toute réduction de dépenses puisque grâce à cette taxe il serait possible de faire face au défi budgétaire… Ce serait la solution miracle : pas besoin de réduire les dépenses d’Etat, pas besoin de faire des efforts en matière de modèle social, pas besoin de travailler plus, de réformer les retraites… Il suffit de taxer les riches !
Evidemment, cette taxe a été critiquée par la droite et les organisations patronales mais aussi des économistes dont Philippe Aghion, nommé Prix Nobel d’Economie en 2025…. En économie quelque chose est pour moi crucial : les solutions les plus simples ne sont jamais les plus intelligentes… Et nous allons le démontrer !

Un postulat de départ fallacieux
Avant de se pencher sur la taxe Zucman, faisons durer le plaisir et intéressons-nous d’abord au postulat de départ de Gabriel Zucman, qui justifierait selon lui l’introduction de cette taxe : pour Gabriel Zucman, Olivier Blanchard et Jean Pisani-Ferry le taux d’imposition des milliardaires serait de 27 % alors que le taux d’imposition moyen des français est de 52 %. Ceci justifierait donc une taxe de 2%. Le problème étant que cette affirmation est totalement fausse.
Et pour cause, la méthodologie du travail qui permet à Gabriel Zucman de tenir de tels propos est elle-même très discutable pour ne pas dire complètement fallacieuse. Plusieurs économistes l’ont démontré : Antoine Levy, Sylvain Catherine, ou l’IEFP. Et pour cause : quand Gabriel Zucman affirme que les milliardaires paient 27 % de prélèvements obligatoires (contrairement aux français qui en paieraient 52 % en moyenne), il inclut, tous les impôts, cotisations et taxes (comme la TVA) à la catégorie « prélèvements » mais pas tous les revenus. Il prend en compte, seulement les revenus primaires c’est-à-dire le revenu d’activité salariée mais pas les revenus secondaires, c’est-à-dire les prestations sociales. Quel et le problème d’un tel calcul ? C’est qu’il est malhonnête ! Les prestations sociale sont du revenu qui a vocation à être consommé. Ce choix des variables est littéralement une manipulation pour surévaluer le taux d’imposition des classes moyennes et populaires.
Prenons les chiffres de Gabriel Moyen, le revenu disponible moyen est de 2200 euros, le montant en prélèvements en euros est estimé entre 990 et 1140 euros, cela donne effectivement un taux moyen de 52 %. Le problème c’est que dans son calcul il ne prend pas en compte les prestations sociales. En moyenne, selon le ministère des solidarités, chaque ménage perçoit entre 600 et 800 euros de prestations sociales. Reprenons donc le calcul de Gabriel Zucmann, il prend comme variables : 2200 euros de revenus disponibles nets par mois et environ 1000 euros de prélèvements par mois, ce qui donne un taux d’environ 45 %. Si nous prenons en compte les prestations sociales dans les revenus (donc environ 700 euros), on arrive à un taux d’imposition de 34,4 %. Sylvain Catherine estime que si nous prenons en compte les prestations sociales dans le calcul du taux d’imposition, le système est clairement progressif : de 26 % pour les modestes à 44 % pour les aisés. Il faut savoir que les revenus secondaires selon le ministère des solidarités représente environ 30 % en moyenne du revenu disponible en France, donc il est légèrement problématique pour ne pas dire malhonnête de ne pas les prendre en compte.
Des chiffres trompeurs

Antoine Lévy
Antoine Lévy va même plus loin en affirmant que prendre en compte les cotisations sociales dans la catégorie « prélèvements ». Or, le revenu des milliardaires et des multi-millionnaires est majoritairement du revenu du capital, donc nous soumis aux cotisations sociales (mais soumis à la flat tax à 30 %) et qui donc n’offrent pas de droit aux transferts sociaux. En ce qui concerne les milliardaires, l’institut des politiques publiques, explique que leur taux d’imposition est effectivement aux alentours de 26 %, mais la raison est simple : les revenus pris en compte par Gabriel Zucman sont des revenus pas encore distribués, donc assez logiquement, ils ne sont pas imposés puisque la personne ne les a pas sur son compte en banque. En clair, quand dans une tribune du Monde Gabriel Zucman avec d’autres de ses amis de la même mouvance déclarent que les français paieraient 52 % d’impôts en moyenne contre 27 % pour les milliardaires est totalement faux et il est extrêmement problématique qu’un journal aussi réputé, laisse publier de telles âneries dans ses colonnes.
Les effets économiques désastreux de la taxe Zucman

Après avoir montré que le postulat sur lequel se fonde la taxe Zucman, est, pour le dire de manière euphémistique, erroné, parlons du fond.
Petit rappel : le principe de la taxe Zucman est de fixer un impôt plancher de 2% pour les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. Il est vrai que présenté de cette manière, cela attire des réactions dignes d’un débat de comptoir comme « on ne leur prend que 2 % ça veut dire qu’il reste 98 % ». La réalité est évidemment beaucoup plus complexe, d’ailleurs en économie les solutions les plus simples sont aussi souvent les plus stupides.
Cette taxe provoquerait en réalité plusieurs problèmes, le premier est économique, le second est juridique. Commençons par l’économie. Un exemple a souvent été pris dans les médias, celui de Mistral. Très bon exemple, qui explique très clairement le problème de cette taxe. Gabriel Zucman confond en réalité la richesse réelle et la valorisation. Cela vient du problème du fondement même de cette taxe qui considère le patrimoine de manière indifférenciée, englobant donc le patrimoine professionnel. En effet, si une entreprise est valorisée à plus de 100 millions d’euros (et devient donc éligible à la taxe Zucman) ce n’est pas 100 millions de bénéfices mais une estimation de sa richesse à venir. La réalité peut être très différente en cas de crise financière. Quel est le problème donc ? Prenons un exemple, une entreprise a une valorisation estimée à 200 millions d’euros, ça ne signifie pas qu’elle a 200 millions sur son compte bancaire professionnel, il se peut même qu’elle e génère pas de bénéfices dans l’immédiat ! Néanmoins elle devra payer 4 millions d’euros par an, donc sortir 4 millions de sa trésorerie. Dans ce cas précis, la taxe Zucman met directement en danger la pérennité de l’entreprise. Pour cela, Gabriel Zucman a la solution magique : que l’entreprise fasse un emprunt pour payer la taxe. Celui-ci ignore sans doute qu’en France, il est totalement illégal pour un particulier ou une entreprise de demander un crédit pour payer ses impôts. Sinon, il devrait vendre ses actifs pour trouver un financier pour payer les impôts. Nous pouvons imaginer qu’il sera aisé de trouver des financiers prêts à investir dans une entreprise simplement pour lui permettre de payer ses impôts. Et surtout, cela peut conduire à une dépossession de l’entreprise par son fondateur au profit de grands groupes financiers, et ce à cause d’un seul acteur : l’Etat !
La solution magique: que les entreprises cèdent des actifs à l’Etat !

A cela, Gabriel Zucman a encore une solution magique ! l’Etat prenne des parts dans l’entreprise (2 % donc). Gabriel Zucman n’a pas supporté de se faire traiter de communiste par Nicolas Dufourcq, pourtant quand on souhaite imposer à une entreprise que l’Etat rentre dans son capital sans lui demander son avis, il faudrait me dire comment ça s’appelle… . Concrètement, si l’entreprise ne peut pas payer les années suivante la taxe, l’Etat obtiendra de nouveau 2 % du capital. Au bout de dix ans, l’Etat est actionnaire à 20 %, au bout de vingt-cinq ans l’Etat est actionnaire majoritaire ! Vive l’URSS ! Et surtout, avant même que l’Etat devienne majoritaire, il se pourrait déjà que le patron de l’entreprise perde progressivement la propriété de son entreprise. C’est littéralement la fin de la liberté de l’entreprendre.
Le réel danger économique, n’est pas en soit l’exil fiscal en hausse. C’est d’une part, la désincitation à l’investissement, quel intérêt d’investir dans un pays où l’Etat vole littéralement 2% par an à des entreprises qui n’ont pas le moyen de payer ? Le risque aussi, c’est que pour payer cette taxe, les entreprises soient vendues à des fonds américains, chinois ou d’autres pays, ce qui est quand-même paradoxal quand les défenseurs de cette taxe ne cessent d’appeler à plus de souveraineté voire carrément au protectionnisme.
Même si la situation économique française n’est pas florissante, il y a un point à noter c’est que celle-ci détient plusieurs records en matière d’innovation dont celui d’être leader européen en matière de startups dans l’IA. Avec une telle taxe, il y aurait clairement une désincitation à innover en France, car ce sont bien les startups qui seraient les plus affectées par cette mesure. Surtout Gabriel Zucman affirme que la France fera office de leader et que les autres pays européens voire dans le monde, adopteront tous, uns à uns la taxe Zucman. Premièrement, si c’était vrai, tous les pays européens auraient adopté l’ISF avant 2017, évidemment ce n’est pas le cas. Et surtout, c’est tout le contraire, les autres pays européens- pour ne pas parler des Etats-Unis- en premier lieu l’Allemagne et le Royaume-Uni se donneraient à cœur joie de créer un cadre fiscal attractif pour attirer les entrepreneurs français
La taxe Zucman est inconstitutionnelle

Parlons maintenant de l’aspect juridique, et ça sera beaucoup plus rapide. Cette taxe est inconstitutionnelle et pour cause : le Conseil Constitutionnel concernant l’ISF avait déjà précisé dans sa jurisprudence, qu’il censurerait tout impôt en capital. Un impôt en capital c’est un impôt qui porte sur le patrimoine indépendamment des revenus générés. En clair, l’Etat ne peut que taxer que des revenus existants, comme c’était le cas de l’ISF (revenus du capital) pas des revenus hypothétiques comme le propose zucman. Le Conseil Constitutionnel dit clairement que seuls les revenus dont le contribuable dispose ou a réalisé peuvent être pris en compte dans le taux de taxation. Il dit ouvertement que prendre en compte des revenus latents ou hypothétiques est inconstitutionnel. Donc la taxe Zucman est inconstitutionnelle.
Pour conclure
Pour conclure, la taxe Zucman est érigée aujourd’hui par la gauche comme la solution magique. La solution qui permettrait d’éviter toute réduction des dépenses, tout effort finalement. Comme s’il suffisait de taxer les riches pour solutionner tous nos problèmes. C’est du même niveau que ceux qui, de l’autre bord de l’hémicycle disent qu’il suffit de supprimer les aides sociales aux immigrés et de réduire la contribution française pour réduire la dette publique. La réalité, c’est que nous sommes champions d’Europe en prélèvements obligatoires. Le problème, ne vient pas des recettes mais dépenses, et surtout des dépenses sociales. Le simplisme a visiblement encore beaucoup d’années à vivre, et cela vient à reformuler une question que je pose souvent : à quand des cours d’économie obligatoires en France ?
