La bulle de l’IA : ce défi financier qui vient

C’est évidemment, un des sujets qui animent le plus les débats politiques, sociétaux comme économiques depuis fin 2022 : l’intelligence artificielle. Le boom de l’IA caractérisé par une montée en puissance de l’IA générative avec l’émergence de Chat Gpt, puis de claude IA en passant par copilot ou encore Mistral AI. Ce phénomène suscite inévitablement une multitude de questions : sociales, notamment face à l’emploi mais aussi environnementales et éthiques. Pourtant, il y a un phénomène, mis en avant par de plus en plus d’économistes et qui pour l’instant ne semble pas inquiéter la majorité des entrepreneurs : la bulle de l’IA. Bien que l’IA représente inévitablement un défi colossal pour toutes les sphères de la société, il est, néanmoins important de prendre en compte que l’enjeu principal n’est pas celui qu’on croit. Les investissements faramineux dans l’IA posent inévitablement question, rien qu’en 2025 : les investissements en capital-risque ont représenté dans ce secteur, selon Gartner, les dépenses totales liées à l’IA incluant les serveurs, les accélérateurs, les déploiements de data centrer ont représenté 1500 milliards de dollars dans le monde en 2025. Selon le Monde Informatique, 53% du capital-risque mondial a été investi dans l’IA, soient 270 milliards de dollars. La particularité du financement de l’IA est qu’il ne repose pas uniquement sur des prêts bancaires mais aussi des financements circulaires : en clair, les constructeurs de puces, microprocesseurs ou semi-conducteurs, tels que Nvidia ou TSMC investissent dans des compagnies IA comme Open AI en espérant un retour sur bénéfice. Aussi, l’IA a provoqué une valorisation boursière à des niveaux jamais atteints, notamment 4000 milliards de dollars pour Nvidia en Juillet 2025, ce qui constitue, à ce jour, un record historique. Ainsi, se pose une question existentielle face à ces chiffres vertigineux : et si l’IA ne remplissait pas les promesses de changements qu’on lui attribue et que ce secteur connaît un surinvestissement bien supérieur au bénéfice réel ? C’est tout le problème qui sera abordé dans cet article
L’IA est devenue une bulle financière

Comme nous le savons, les promesses derrière l’essor de l’IA sont multiples : l’opportunité d’une augmentation massive de la productivité dans les services et donc d’une réduction des coûts, la promesse d’une réindustrialisation massive grâce à l’automatisation. S’il y a bien un phénomène en principe très inquiétant en sciences économiques, c’est l’euphorie totale. Tout est lié : les survalorisations, les surinvestissements, tout cela vient de l’espoir que l’IA va révolutionner le monde. Pour autant, cela pose la question de savoir si tous ces espoirs ne sont pas démesurés par rapport à la réalité.
Conséquemment à ces ambitions démesurées, se cache le risque direct et évident d’une bulle spéculative, les survalorisations dans le secteur de l’IA reposent sur un seul point : l’espoir que les entreprises valorisées fassent d’importants bénéfices à l’avenir. Prenons un exemple concret : Open AI et Anthropic IA (respectivement à l’origine de Chat GPT et Claude). Open AI a été valorisée : 852 milliards d’euros fin mai 2026 et Anthropic 965 milliards d’euros à la même période. A la même période, Open AI déclarait une perte nette de 38,5 milliards de dollars à la même période, chiffre qui ne fait qu’augmenter puisqu’il était « seulement » de 5 milliards fin 2024. Pour anthropic AI la situation est légèrement meilleure mais guère plus glorieuse : le bénéfice opérationnel attendu pour le deuxième trimestre était de 559 millions de dollars, pour la première fois l’entreprise connaît de la rentabilité, mais avec un mode de calcul qui pose question pour plusieurs points : le chiffre d’affaires brut est pris en compte et non le net, et a écarté les rémunérations basées sur des actions et les stock-option. Surtout anthropic admet elle-même s’attendre à une hausse des coûts des infrastructures et donc à l’absence de retour à l’équilibre avant, au plus tôt, 2028. La crainte est quand les deux cas, nous faisions face à une survalorisation. Les investisseurs estiment que les deux entreprises, certes, déficitaires vont être largement bénéficiaires à l’avenir, pourtant, leur situation financière ne s’améliore pas, voire se dégrade dans le cas d’Open AI. Les risques sont multiples : un effondrement brutal de leur valorisation pouvant conduire à une restriction des coûts forcés et donc des licenciements massifs. Dans le cas d’entreprises technologiques dépendant autant des investissements, le risque est qu’une simple correction puisse réduire massivement les revenus financiers, en particulier les stock options et les actions. Le risque est aussi que les investisseurs privés perdent la partie voire la totalité de leur mise. Surtout, comme nous l’avons dit avant, le financement de l’AI étant largement circulaire, un défaut sur une entreprise crée un risque de contagion sur toute la chaîne.
Entre des valorisations complètement déconnectées du réel, et de très forts doutes sur le retour sur investissement, tous les ingrédients sont réunis pour l’émergence d’une bulle financière… Avec le risque qu’elle éclate. Pour autant, ceci que la face émergée de l’iceberg, car très vite deux autres problèmes vont se poser à l’IA.
L’épineuse question des infrastructures

Le premier problème auquel risque d’être confronté le secteur de l’IA est le besoin croissant en infrastructures. Comme nous l’avons vu précédemment, Anthropic annonce déjà qu’elle sera dans l’incapacité d’être dans l’équilibre avant 2028, et pour cause, l’entreprise le dit ouvertement : le maigre bénéfice est dû à des restrictions d’usage considérables, notamment sur le code. Et Open AI comme Anthropic le savent ; rester dans la course impliquera des dépenses infrastructurelles considérables : en premier lieu en data centers.
Et c’est justement tout le problème : l’essor de l’IA ne pourra se faire que grâce au développement massif de data centers. Ainsi, les Etats-Unis ont choisi d’implanter des data centers notamment en Géorgie. La création de telles structures est très loin de faire l’unanimité au sein des Etats concernés ; en effet, les Data centers nécessitent de grands espaces pour être implantés, cela signifie donc qu’ils ne peuvent se situer que dans des déserts. Le problème étant que, sans surprise, les déserts américains ont la particularité d’être exposés à des températures très chaudes. Or, les data centers ont besoin d’être refroidis pour fonctionner, ce qui implique d’utiliser des ventilateurs et donc représente une consommation d’énergie faramineuse. Ainsi, en Géorgie, la colère contre ces infrastructures est grandissante à cause de la hausse des factures d’électricité causée par la consommation des Data centers. Parallèlement, la forte consommation de l’eau des data centers a provoqué une baisse de la pression de l’eau dans les foyers domestiques. Le sujet a la particularité d’être transpartisan aux USA : selon Reuters, seuls 14 % des américains sont favorables à l’implantation d’un data centrer à proximité de leur voisinage. Les projets de Data Centers ont la particularité de susciter autant l’opposition des démocrates, que d’une association nommée « HumansFirst » qui est très proche du Tea Party…
Dans quelques mois auront lieu les élections de mi-mandat aux Etats-Unis et la Géorgie fait partie des « swing states » donc, actuellement dominés par les républicains mais qui ont de fortes chances de basculer dans le camp démocrate. Ces derniers, au niveau local, font campagne en grande partie sur l’arrêt des data centers. Ainsi, l’essor infrastructurel de l’IA reste dépendante du pouvoir politique. Tout cela représente aussi un coup considérable pour les entreprises technologiques, que celles-ci sont obligées d’intégrer dans leur calcul de marge.
Ce qui a permis l’essor de l’IA est l’assouplissement des normes environnementales depuis le début de la Seconde Présidence de Donald Trump, la plupart établies durant la présidence de Joe Biden. Cependant, la perspective d’une majorité en démocrate en 2026 et d’un possible retour de ces derniers au pouvoir aux Etats-Unis en 2028, laisse penser que cette législation pourrait être remise à l’ordre du jour avec les conséquences que cela aura sur l’IA. L’impopularité des data centers peut être un élément qui fasse augmenter de manière très importante les coûts infrastructurels des entreprises technologiques avec le risque de faire baisser la rentabilité de celles-ci et donc de faire éclater la bulle de l’IA.
Le risque géopolitique de l’IA

Le dernier risque est inévitablement géopolitique : nous le savons, entre l’Ukraine, le Groenland, le Venezuela, l’Iran, la tendance est au retour des conflits de haute intensité et donc, conséquemment des conflit territoriaux. Or, l’un deux pourrait sérieusement impacter le secteur de l’IA : Taïwan. Ce n’est un secret pour personne, depuis 1949 et particulièrement depuis l’arrivée de Xi Jinping, la Chine menace clairement d’annexer, potentiellement par la force ce petit pays. Le problème étant que plusieurs entreprises œuvrant dans des secteurs stratégiques relatifs au numérique et à l’IA se situent à Taïwan. Tout d’abord, l’entreprise TSMC qui est la plus importante fonderie de semi-conducteurs au monde. 90 % des puces les plus avancées au monde sont produites par TSMC. Nvidia dépend de TSMC pour graver leurs processeurs graphiques (GPU). Un conflit, potentiellement prolongé à Taïwan, pourrait provoquer une paralysie totale de l’IA avec une pénurie des puces avancées et des GPU. Si vous avez aimé les conséquences économiques de la crise du détroit d’Ormuz, vous allez adorer la guerre à Taïwan. La bulle de l’IA pourrait bien provenir d’une telle crise géopolitique. Malgré les efforts américains et européens pour relocaliser une partie de la production des puces et semi-conducteurs, il s’agit d’ambitions long-termistes qui ne permettent pas de faire face à une potentielle invasion de Taïwan dès 2027, comme le prévoyait il y a quelques mois la CIA. Raison pour laquelle, malgré la versatilité de Donald Trump, il paraît hautement improbable que les Etats-Unis lâchent totalement Taïwan. Evidemment, l’IA ne serait pas la seule impactée mais aussi l’industrie automobile, les téléphones, les ordinateurs….
L’éclatement de la bulle de l’IA: un risque économique systémique

Evidemment, rien ne dit que la bulle de l’IA va éclater dans un environnement très proche, mais tous les ingrédients cités précédemment, laissent penser que c’est un scénario de plus en plus probable. Le risque est une correction brutale des marchés, pouvant entrainer un frein sur les investissements. C’est le schéma classique de l’éclatement d’une bulle financière : les prix et valorisations montent trop haut, les prix deviennent déconnectés de la valeur réelle des actifs, les investisseurs sont obligés de vendre vite. Le phénomène a déjà eu lieu en 2000 avec la bulle internet, mais dans des sommes beaucoup plus faibles. Aussi, dans le cas d’Internet, la bulle concernait des milliers de startup, ici seulement quelques firmes qui fonctionnent en financement circulaire. Le problème étant que l’IA est devenue un pilier de la plupart des secteurs économiques contemporains. Ainsi, un éclatement de la bulle de l’IA, en plus de provoquer des fermetures massives de startups et un affaiblissement des grandes groupes pourrait provoquer un choc économique systémique global. Ajoutons à l’euphorie déconnectée de la réalité, les risques énergétiques et géopolitiques, l’avenir paraît sombre.
Pour conclure, il est urgent de redescendre sur Terre
Oui l’IA va provoquer un bouleversement dans de nombreux secteurs en particulier la médecine mais aussi le codage, il paraît cependant illusoire de croire que l’IA va remplacer l’humain dans l’ensemble de ses activités. Le véritable risque de l’IA, n’est selon moi, pas un remplacement massif du travail par cette innovation, comme le craignent beaucoup présidant la fin du travail. La réalité est que le véritable danger est que l’absence totale de rationalité dans les investissements dans ce secteur fassent courir le risque d’une crise économique et financière mondiale, dont les conséquences pourraient être beaucoup plus violentes que 2008 ou 2020. Les bulles financières ont toujours existé, ce qui est désolant est que jamais les leçons nécessaires semblent en avoir été tirées et l’exemple de l’IA le démontre plus que jamais. Les investisseurs privés comme étatiques ne doivent pas miser uniquement sur ce secteur et ne pas se laisser emporter par cette euphorie irrationnelle au risque d’être des perdants à moyen terme.
