Economie

Mélenchon et la dette publique: Vous reprendrez bien un peu de démagogie ?

C’est la dernière sortie quelque peu loufoque du leader d’extrême gauche, candidat à la présidentielle, la suggestion de « foutre au feu » (sic) la partie de la dette publique française détenue par la Banque de France et la BCE.  Evidemment, comme nous le savons, LFI et Jean-Luc Mélenchon font deux, et alors que la question de la dette publique devient un enjeu crucial concernant la politique économique française, notamment en vue de l’élection de 2027, Jean-Luc Mélenchon a donc une solution toute faite : annuler la dette publique en partie ! Une solution évidemment simpliste qui promet de solutionner tous les problèmes. Il faut dire que le programme ultra-dispendieux de LFI est difficilement finançable face aux enjeux financiers qui attendent le pays, alors une telle suggestion fait office de carte joker pour éviter d’avoir à trouver des solutions concernant l’endettement public.  L’objectif est donc de montrer à quel point, une telle suggestion met directement en danger la santé financière du pays et ne répond absolument pas au danger immédiat de la dette et au contraire, l’aggrave même.

La détention de la dette publique

Dans sa proposition, Jean-Luc Mélenchon évoque la dette détenue par la Banque de France. Il est tout d’abord important de rappeler de quoi nous parlons.   Comme nous le savons, la dette publique française est de 3559 milliards d’euros, une somme conséquente qui a considérablement augmenté depuis 2000, passent de 59 % du PIB à 118 % , avec une très forte augmentation depuis 2017.

Selon l’agence France Trésor, 56 % de la dette publique française est détenue par des non-résidents, soient, des individus qui n’ont pas leur foyer fiscal en France. Souvent, il s’agit d’investisseurs privés. La part détenue par les résidents en France est donc de 44 %, cela incluent les assureurs, les banques, les organismes de placement et la Banque de France.  Les compagnies d’assurance détiennent environ 12 %, les établissements de crédit 8 % ,les organismes de placement 2%, la banque de France environ 20 %. Nous comprenons donc que Jean-Luc Mélenchon parle d’une part minoritaire de la dette publique. Mathieu Pigasse, chef d’entreprise notamment connu pour détenir plusieurs médias Radio Nova, dont le positionnement à gauche ne fait plus aucun doute lui emboîte le pas en disant « La dette publique peut être annulée, sans aucun impact économique et sans aucun impact financier ».

Il est important de comprendre ce à quoi se réfère la part de la dette publique détenue par la Banque de France. En réalité, ce n’est pas vraiment l’argent de celle-ci : la Banque de France fait partie de l’eurosystème : l’autorité monétaire de la Zone Euro, comprenant la BCE et les banques centrales nationales.  Le mécanisme par lequel la BDF détient une partie de la dette publique française. En réalité, la Banque de France ne peut pas acheter directement de la dette publique, c’est contraire aux Traités Européens (article 123 TFUE). Elle intervient en réalité sur le marché secondaire en rachetant des titres aux banques commerciales qui ont-elles même acheté des obligations émises par l’Etat. Dans tout cela, la BCE joue un rôle crucial : c’est elle qui est à l’origine de la politique de quantitative easing et dans quel montant. C’est la BCE qui a financé la capacité pour les banques nationales de racheter les dettes des Etats. Ceci a été fait dans une optique d’emprunter à moindre coût, les taux d’intérêts des banques centrales étant plus faibles que ceux des investisseurs privés.

Peut-on annuler une partie de la dette publique ?

Selon Mélenchon et Pigasse nous pourrions donc annuler la dette publique sans aucune conséquence sur l’économie française.  Jean-Luc Mélechon a récemment développé sa proposition, après avoir proposé de « foutre au feu » la part de la dette publique détenue par la BDF, il dit que cela consiste à ce que la BCE « mettre au frigo »  cette partie de la dette.

Concrètement, Mélenchon propose de remplacer la dette de la France envers la BDF en une dette perpétuelle à taux nul. En clair, cela signifie ne jamais rembourser la dette qui ne coûterait rien. Derrière, l’idée est simple, cela donnerait des marges de manœuvre à l’Etat pour dépenser dans les services publics ou le social.

Une telle idée simpliste se heurte néanmoins à de nombreuses limites plus que sérieuses : la première est juridique. Une telle opération est purement et simplement interdite par les traités européens, car cela équivaut à un financement direct par la BCE ce qui est interdit : le prêt de la BCE ne serait pas remboursé, cela signifierait qu’elle aurait injecté directement de l’argent de l’Etat (cela se nomme l’helicoptere money) et c’est totalement contraire aux traités. Deuxièmement, selon les traités toujours, une telle décision ne pourrait se prendre par la France seule, comme dit précédemment, la BDF fait partie de l’eurosystème. Ainsi, pour qu’une annulation de la dette détenue par la BDF soit validée, il faudrait l’aval des six membres du directoire de la BCE et de chacun des 21  gouverneurs nationaux de la BCE. Inutile de dire que jamais les pays dits « faucons » en matière de politique monétaire (partisans de la rigueur) tels que l’Allemagne acceptent cela sans broncher, car cela porterait atteinte directement à la crédibilité de l’euro.

L’autre problème est aussi économique : une annulation pure et simple de la dette détenue par la BDF créerait un choc massif en termes de patrimonialité. En effet, si l’Etat français décidait d’annuler sa dette auprès de la BDF, cette dernière perdrait instantanément plus de 600 milliards d’euros et se retrouverait avec des fonds propres négatifs ce qui nuirait profondément à sa crédibilité.Cela a des conséquences concrètes : la BDF ne pourrait plus verser ses dividendes à l’Etat, ce qui aurait un impact sur la capacité de l’Etat à financer ses dépenses. Le serpent se mordrait donc la queue et produirait l’effet inverse de ce que Mélenchon prétend rechercher.

Enfin, une telle décision provoquerait une défiance massive et inédite sur les marchés financiers. Un Etat prêt à annuler une partie de sa dette publique verrait sa note financière fortement dégradée avec des conséquences concrètes : les investisseurs privés réclameraient des taux d’intérêt beaucoup plus élevés pour prêter, en guise de « prime de risque » voire même, arrêteraient tout simplement de prêter.  Une telle hausse d’intérêt aurait des conséquences concrètes, cela signifie que le poste de la dette prendrait une place encore plus importante dans le budget de l’Etat au détriment d’autres dépenses possibles (investissements d’avenir, services publics…). Aussi les taux d’intérêt seraient plus élevés ce qui signifierait une contraction des crédits (l’accès à des crédits de consommation ou immobilier serait nettement plus difficile avec des conséquences concrètes : effondrement du marché immobilier,  la baisse de l’investissement privé et tout simplement une chute de la consommation. On très loin de l’eldorado économique promis par Mélenchon.

Une proposition qui évite de répondre au défi crucial du Mur de la Dette

La réalité est que cette proposition aussi fantasque soit-elle permet d’éviter à Mélenchon de répondre à la question sans doute la plus importante en matière économique de la prochaine campagne électorale : comment fait-on face au mur de la dette ?  Il faut assumer une réalité, dure à entendre, c’est qu’il va falloir réduire la dépense publique. La solution, contrairement à ce que dit LFI, ce n’est pas de taxer les riches, et contrairement à ce que dit le RN ce n’est pas d’expulser les étrangers. Il faut assumer une réduction des dépenses publiques et en premier lieu des dépenses sociales.  Une telle proposition provoquerait de fait le début d’un défaut de paiement de la part de la France et cela aurait des conséquences catastrophiques qui iraient contre l’objectif premier de Mélenchon qui est de redonner de la capacité à l’Etat pour investir.

Pour conclure, ce qui est désastreux, ce n’est pas en soi la proposition de Mélenchon, mais le fait que des millions de français soient séduits par tant de simplisme. En économie, les idées les plus simples sont aussi souvent les plus dangereuses.  Le programme de Mélenchon de par ses dépenses faramineuses et ses propositions fantasques comme celle évoquée ici, montre à quel point une victoire de celui-ci à la présidentielle,  serait une catastrophe pour la santé financière de ce pays. Mais ne nous trompons pas, aujourd’hui le RN et Marine Le Pen s’auto-proclament comme les sauveurs des comptes publics. Pour autant, pas plus tard qu’en 2017, Marine Le Pen, portait la même proposition à la présidentielle. Le RN n’est donc absolument pas le mieux placé pour donner des leçons d’économie, encore plus quand nous voyons son programme ultra-dispendieux. Quand nous voyons les sondages et le fait que plus d’un français sur deux soit séduit par l’un de ces deux partis, cela amène à une seule question souvent répété dans les conclusions de ce blog : quand rendra-t-on l’économie obligatoire au collège et au lycée ?

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