Parcoursup : l’épouvantail très démagogique du mouvement lycéen et de la gauche
C’est l’une des cibles majeures du mouvement lycéen depuis maintenant bientôt deux semaines : Parcoursup ! La plateforme recueillant les vœux des lycéens pour l’enseignement supérieur depuis 2018 (succédant à APB) est en effet au cœur de toutes les critiques : manque de transparence, l’impression que c’est la « loterie », le stress que créerait la plateforme du fait du contrôle continu ou encore la place trop importante laissée à l’algorithme au détriment de l’humain. À quelques mois de la présidentielle, plusieurs partis proposent de supprimer la plateforme (sans évidemment dire par quoi ils la remplacent) : LFI, PS, écologistes, PCF… Le gouvernement a ainsi annoncé sa suppression d’ici 2028, un joli cadeau fait au successeur d’Emmanuel Macron.
C’est un ancien candidat sur Parcoursup qui écrit cet article. La réalité c’est que Parcoursup n’est qu’une plateforme qui fait office d’intermédiaire entre le candidat et la formation qu’il souhaite poursuivre. La réalité est que les lycéens qui manifestent ne contestent pas en soi Parcoursup mais bien tout ce qu’ils assimilent à un « système » qui repose sur la sélection, sans pour autant proposer d’alternative réaliste ou sérieuse. L’objectif de cet article est de contredire la plupart de ces critiques et de montrer qu’elles sont dans l’ensemble largement exagérées voire infondées et surtout de montrer que Parcoursup est devenu le nouvel épouvantail de la gauche et de l’extrême gauche bien utile pour éviter de dire la vérité qui est parfois difficile à entendre.
Petit rappel
Pour mémoire, Parcoursup a été créé en 2018, pour succéder à la plateforme APB (admission post-bac). Elle vise à sélectionner les candidats en terminale qui postulent pour l’enseignement supérieur. Cette nouvelle plateforme se différenciait d’APB en plusieurs points : un nombre plus limité de vœux possibles (10 au lieu de 24). La sélection se fait souvent par algorithme. L’autre nouveau est que les formations sur Parcoursup peuvent préciser les attendus. Concrètement, le candidat dépose pour chaque formation une lettre de motivation. Les bulletins scolaires sont aussi à disposition des formations (notes et appréciations donc). Les candidats doivent aussi compléter une rubrique « activités et centres d’intérêt ». Il faut bien comprendre pourquoi la plateforme APB a été critiquée et remplacée. La première raison, et sans doute la plus scandaleuse, c’est le fait qu’il ait été avéré que cette plateforme a pratiqué la sélection par tirage au sort en cas de nombre de candidats supérieur aux places disponibles. Il s’agit évidemment du système le plus injuste en soi et qui montre à quel point l’idéologie égalitariste poussée à l’extrême peut conduire à prendre des décisions complètement irrationnelles. Il est cependant bon de prendre en conscience une chose : quand Mélenchon et ses affidés suggèrent de supprimer la sélection à l’université, sachant qu’il n’est pas possible de pousser les murs la solution alternative sera ni plus ni moins que le retour au tirage au sort….
Aujourd’hui la plateforme Parcoursup assume de dire qu’en cas de manque de places dans une filière non sélective, il y a une sélection par dossier. L’autre grande problématique d’APB était la problématique immense des lycéens sans affectation. En 2017, dernière année d’APB il y avaient 87 000 bacheliers sans admission à la fin de la phase principale. En 2026, c’étaient 57 000 bacheliers sans admission donc littéralement plus d’un tiers en moins.
Rappeler quelques vérités

Un point important évoqué précédemment est l’apparition d’attendus, ce qui n’était pas le cas sur APB, ce qui est un atout important qui montre que contrairement à ce qui est affirmé par certains, le système de sélection n’est pas totalement opaque. Concernant les algorithmes, ils ne sont pas non plus totalement opaques : pour la plupart des formations, un rapport d’évaluation est disponible qui fournit d’une part, des statistiques sur le profil moyen des admis (spécialités, notes moyennes, etc…) et surtout pour la majorité des formations, un détail précis au pourcentage près de la composition de la note finale qui sert de classement (par exemple il est possible de savoir le poids réel dans la note finale, du résultat du bac de français ou des notes en contrôle continu de langues vivantes). Evidemment, il est possible de s’émouvoir ou de déplorer que ce soit un algorithme qui remplace l’humain pour la sélection. D’une part ceci n’est pas vrai pour toutes les formations, et surtout, quand certaines formations font face à 1500 voire plus candidatures, il est littéralement impossible de toutes les examiner dans le détail et ça n’aurait aucun sens.
Par ailleurs, pour continuer sur la transparence, lorsqu’un candidat est placé en « liste d’attente » pour une filière sélective ou non-sélective, ce qui ne veut pas dire qu’il a été refusé, il est possible pour lui de connaître toutes les 24 heures son positionnement dans la liste d’attente, et même de savoir, l’an dernier, quelle était la position dans la liste d’attente du dernier admis. Peut-être que le système n’est pas transparent à 100 %, certes. Peut-être que le nivellement par le bas qui consiste à limiter les lettres de motivation à 1500 caractères espace compris est un peu déplorable, mais il est aussi bon de savoir faire preuve de discernement. Beaucoup prennent l’exemple d’une candidate il y a quelques années qui avaient écrit une recette à la place de sa lettre de motivation et qui a été admise. Cela est sans doute vrai, mais il s’agit d’un cas unique, aucun autre n’a été médiatisé depuis. Evidemment, ceci, si c’est avéré, est déplorable, mais relève de la responsabilité de l’université en question et de la personne en charge du recrutement qui, visiblement, ne prend pas la peine de lire les lettres de motivation, mais cela ne permet pas d’incriminer l’entièreté de la plateforme. Aussi, la hiérarchisation des vœux ne me paraissait pas forcément une mauvaise chose et la rétablir pourrait permettre de désengorger encore plus la première phase d’admission.
La véritable cible de l’extrême gauche : la sélection à l’université
La réalité est que la cible de l’extrême gauche, de la gauche et du mouvement lycéen, ce n’est pas Parcoursup mais la sélection (prétendue) à l’université. Pour mémoire il est important de rappeler le fonctionnement du système français : un système profondément dual entre d’un côté les filières non-sélectives (les licences principalement) qui en principe, ne peuvent pas refuser de candidats, seulement répondre « oui » ou « oui si », ce qui implique que l’étudiant suive des cours de remises à niveau en plus des cours classiques durant sa L1. En cas de nombre de candidats plus important que le nombre de places, certains candidats sont placés en liste d’attente et dans de rares cas, si vraiment aucune place n’est disponible les candidats sont refusés et réorientés vers une autre filière ou la même formation mais dans une autre université. De l’autre côté, des filières sélectives : les BTS, les IUT, les IEP, les double-licences…. qui elles dès la première phase peuvent refuser dès la première phase. En réalité, il n’y a donc pas de sélection à l’université à proprement dite. Il est bon de rappeler quelques chiffres à présent.
Les vrais chiffres: 91,9 % de réponses positives à la fin de la phase principale
Premièrement, et ce chiffre me paraît le plus important face à tout ce que nous entendons sur Parcoursup : le taux de candidat ayant reçu une proposition d’admission parmi les vœux effectués, en première phase, c’est-à-dire le premier soir de publication des résultats, était, en 2026, de 68 %, puis de 81 % la première semaine, pour un total de 91,9 % à la fin de la phase principale (donc en juillet). Pour 33 % des candidats ayant une proposition d’admission positive, ce n’était pas sur le vœu préférentiel (autrement dit pour deux tiers ça l’était), ils dont choisi de dire oui tout en restant sur liste d’attendre pour leur vœu préférentiel (ce qui est possible pour parcoursup et est une très bonne chose). En moyenne la durée moyenne pour obtenir une proposition d’admission est de 3,2 jours d’attente.
Donc, il est très important d’établir une distinction entre les bruits de couloir qui parlent d’une sélection aveugle, brutale, opaque qui crée un stress permanent et la réalité des chiffres. Ce qui signifie que deux tiers des étudiants ont obtenu sur leur vœu préférentiel dès le premier soir. Une question se pose donc : est-ce nécessaire de faire toute cette agitation autour de Parcoursup pour finalement une situation globale qui n’est pas du tout dramatique ?
Par ailleurs, les candidats qui se voient refusés sur des filières non sélectives, le sont surtout sur quatre filières dites « en tension » : droit, staps, médecine, psychologie.
L’heure de briser les deux plus gros tabous de l’histoire de l’enseignement supérieur
1. La sélection à l’université

L’enseignement supérieur a besoin de réformes, c’est certain, mais évidemment pas celles que proposent la gauche et lycéens, mais des réformes qui mettent fin définitivement à l’hérésie égalitariste, car le marché du travail comme le taux d’échec montrent que le système est à bout de souffle. Il est donc impératif de briser deux tabous. Le premier, la sélection à l’université. Comme dit précédemment, les universités ne sont pas sélectives sauf sur les filières d’excellence (double licence par exemple). Cette volonté de ne pas sélectionner a deux conséquences désastreuses : la première, elle crée un dualisme unique au monde entre d’un côté les universités et les grandes-écoles, les premières à l’inverse des secondes n’étant pas sélectives, ce qui réduit la valeur des diplômes universitaires. C’est un système profondément inégalitaire. Le deuxième problème c’est le taux d’échec de plus de 50 %. La réalité c’est qu’il n’y a pas de sélection à l’entrée à l’université, en revanche, il y en a une en Master, un système totalement incohérent : même si 70 % des candidats au Master (sur la plateforme MonMaster) sont admis cela veut dire qu’il y a 30 % d’étudiants, qui ont fait une licence pour finalement ne pas obtenir de master, faute de niveau.
Aujourd’hui, la seule sélection qui existe c’est la sélection par l’échec, et c’est un système profondément incohérent qui fait perdre du temps aux étudiants qui n’ont pas le niveau mais qui sont admis faute de sélection, qui crée une surcharge de certaines promos (cf : photo et d’amphis bondés) ce qui n’est agréable ni pour les enseignants, ni pour les étudiants. Il est donc nécessaire de briser définitivement le tabou de la sélection à l’entrée de l’université en transformant les filières non sélectives en sélectives. L’idée serait que les formations telles que les licences, puissent refuser un candidat dès la première phase si elles estiment que le niveau de celui-ci n’est pas suffisant. L’objectif est aussi de revaloriser les universités face aux grandes écoles. En refusant cela, la gauche, paradoxalement, adoube un système profondément inégalitaire avec un fossé immense entre universités et grandes écoles. Il est aussi impensable de continuer avec un système où des étudiants perdent un an voire plus, car admis dans une filière non sélective tout en sachant qu’ils ont très peu de chances de réussir dans celle-ci.
2. Tabou N°2: indexer le nombre de places par formation sur le taux d’emploi

Le deuxième tabou à briser, c’est celui de la nécessité de modifier le calcul du nombre de places à l’université. Aujourd’hui, le nombre de places par formation est calculé selon la demande, or, cela conduit à des situations ubuesques où nous avons la filière STAPS en filière comptant le plus d’étudiants en L1 en France alors que les débouchés, en dehors de professeur d’EPS sont quasi-inexistants. Des filières de SHS telles que psychologie, histoire ou sociologie sont aussi beaucoup trop demandées par rapport aux besoins du marché du travail. Ceci est extrêmement grave car, d’une part, cela enferme les étudiants dans des filières où tout le monde sait à l’avance que les débouchés sont assez rares. Ça s’appelle des filières « plaisir », mais ça ne fait pas un métier… À côté de cela, les filières de sciences dures ne dépassent jamais la barre des 90 000 vœux contre 350 000 pour le droit… Pire encore, les filières universitaires en informatique spécialisée (sur l’IA ou la cybersécurité notamment) disent manquer cruellement d’étudiants. A l’heure où nous parlons de plus en plus de souveraineté et de réindustrialisation ou des enjeux liés à l’IA, une telle répartition des vœux en France est aberrante. D’ailleurs, une des causes du rebond du chômage chez les jeunes diplômés observé récemment est clairement l’inadéquation entre les qualifications des jeunes et les besoins du marché du travail. Ce n’est pas le seul facteur évidemment, mais celui-ci compte pour beaucoup.
Il est donc nécessaire de faire ce que le Sénat proposait déjà en 2018 lors des débats sur l’instauration de Parcoursup, soit de calculer le nombre de places par formation selon le taux d’emploi. Aujourd’hui, cela est impossible car depuis mai 68 il est considéré que les universités sont un lieu qui doit fournir du savoir et une culture générale, et favoriser l’émancipation et l’esprit critique. Il est cependant bon de rappeler un point visiblement oublié par certains : la quasi-totalité de ceux qui font des études supérieures le font pour trouver un travail. Evidemment, leur objectif est de choisir une filière qui les intéresse mais aussi de trouver un travail après. Le savoir pour le savoir n’a pas grande utilité. Mais pour mettre en œuvre une telle réforme, il va falloir que les universitaires acceptent qu’ils ne font pas partie d’une bulle totalement isolée du monde du travail et arrêter cette opposition stérile entre les universités et le monde du travail plus généralement assimilé au « grand capital ». Cela nécessite un profond changement de mentalité et ce n’est pas pour demain.
L’heure de remettre en cause le paradigme de la démocratisation scolaire à outrance
Pour conclure, Parcoursup est très critiquée, évidemment tout n’est pas à remettre en cause dans les critiques, mais il est bon de rappeler qu’il s’agit juste d’un intermédiaire et que beaucoup des reproches adressés à cette plateforme sont largement exagérés. La réalité est que nous avons fait un choix en France qui a commencé en 1975 qui est celui de la massification scolaire et de vouloir faire accéder 80 % d’une génération au baccalauréat, la conséquence est un nombre croissant d’étudiants. À l’heure où nous manquons d’effectifs dans les filières techniques et à l’heure où nous parlons de souveraineté, remettre en cause le collège unique et cette massification à outrance ne paraît pas forcément être une lubie.
