Autres

Marine Le Pen candidate : les dés déjà jetés ?

C’est l’actualité des derniers jours, la candidature de Marine Le Pen à la prochaine présidentielle, après la révision de son procès en appel. Pour mémoire : nous le savons, Marine Le Pen avait été condamnée le 31 mars 2025 à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire (donc sans effet suspensif pour l’appel), ainsi qu’à 4 ans de prison dont 2 avec sursis et 100 000 euros d’amende dans le cadre de l’affaire liée aux assistants parlementaires du FN, après avoir été reconnue coupable de détournements de fonds européens de plus de 4 millions d’euros.  Le 7 Juillet 2026, Marine le Pen est passée en cour d’appel : la peine de prison a été abaissée à 3 ans dont 2 avec sursis mais surtout un abaissement de la peine d’inéligibilité à 45 mois dont 30 avec sursis. Marine Le Pen ayant été reconnue inéligible le 31 mars 2025, la peine a donc été purgée le mardi 30 Juin 2026, donc elle est de fait éligible et peut donc être candidate à la présidentielle de 2027. Rappelons que Marine Le Pen a, à nouveau, été reconnue coupable. Evidemment, cela est un tournant,  puisque tout le monde considérait que Jordan Bardella allait être le candidat du Rassemblement National.  Cette annonce n’est donc pas anodine. Il conviendra dans un premier temps de revenir sur cette décision de justice mais aussi de penser à l’avenir. Tous les sondages sortis depuis l’annonce de candidature de Le Pen, annoncent celle-ci gagnante quel que soit l’adversaire du second tour. Evidemment, un sondage reste un sondage, mais, il paraît évident que l’expérience politique de Marine Le Pen rend une victoire du RN plus probable que si Bardella était candidat. Et donc inévitablement se pose une question : les jeux sont-ils faits ? Petit retour sur le procès

Petit retour sur le procès en appel

Comme dit précédemment, la peine de Marine Le Pen a été allégée : 3 ans de prison au lieu de 4 dont 2 avec sursis, et 1 ferme qu’elle devrait faire avec un bracelet électronique. Et surtout la peine d’inéligibilité qui a été réduite. Evidemment, l’éventualité qu’elle puisse être obligée de faire campagne sous bracelet électronique pose de sérieuses questions à la fois de probité mais aussi pratiques.  Il est cependant important de rappeler une réalité : Marine Le Pen a à nouveau été reconnue coupable de détournement de fonds, d’un montant de 4 millions d’euros et ce n’est pas anodin et les preuves sont sans appel. Marine Le Pen, s’est pourvue en cassation notamment dans l’espoir de voir la décision de la cour d’appel cassée. Avant de parler de la cassation, il est essentiel de revenir sur un point : Marine le Pen comme les cadres du RN ne cesse de répéter que celle-ci est présumée innocente.  Cela est tout simplement faux : Marine Le Pen a été reconnue coupable à deux reprises, dès le moment où une personne a été condamnée en deuxième instance, la présomption d’innocence ne s’applique plus. Rappelons surtout que la cassation ne réexamine pas les faits, ne juge pas la culpabilité et vérifie simplement que les procédures ont été correctement respectées. Etonnant qu’une avocate de profession fasse une telle erreur…

Marine Le Pen s’est pourvue en cassation espérant pouvoir suspendre l’application du bracelet électronique. Il est essentiel de rappeler que la cassation n’a pas d’effet suspensif, donc rien ne garantit que le port du bracelet serait suspendu le temps du procès (il s’agit de notions de première année de licence de droit privé. Il est néanmoins possible que le pourvoi en cassation prenne un effet suspensif selon plusieurs juristes, ceci peut avoir deux conséquences différentes. La première : paraissant hautement improbable selon tous les experts de la Cour de Cassation : le temps du pourvoi, la décision de première instance s’applique (puisque le pourvoi suspend la décision de la cour d’appel) et donc, de fait, Marine Le Pen serait de nouveau inéligible. Un deuxième scénario, plus probable, semble être que le pourvoi suspende l’obligation du port du bracelet le temps que la cour de cassation rende sa décision. Néanmoins rien ne garantit l’effet suspensif de ce pourvoi, rappelons-le. Concernant le procès en lui-même, sur ce blog a été dit qu’il était essentiel de respecter la décision de justice de première instance, et qu’il ne s’agissait pas d’un procès politique. Il en va de même pour le jugement de seconde instance. La Cour d’Appel dans son arrêt dit mot pour mot qu’elle considérait que « l’exécution de cette peine [d’inéligibilité] depuis le 31 mars 2025 a d’ores et déjà réparé l’atteinte à la probité », et que « l’ignorer porterait atteinte au principe de liberté des candidatures, condition essentielle à une expression démocratique du suffrage universel ». Evidemment, le fait que le calendrier judiciaire s’imbrique avec le calendrier politique pose question. Il est néanmoins essentiel de rappeler que le juge est souverain et que la décision est rendue est loin d’être entièrement favorable à Marine Le Pen.

Attaquer Marine Le Pen sur le fond et pas le procès

Evidemment, que la condamnation de Marine Le Pen en dit long sur elle. Le parti qui a bâti son discours entre-autres sur la dénonciation des élites corrompues, détourne 4 millions d’euros. Et au-delà de la probité, qui n’est pas un détail, cela pose question pour l’Etat de droit. Il suffit de voir la violence qui s’est déchainée provoquée par le RN contre la décision du 31 mars 2025 ou encore Marine Le Pen qui ne cesse de se proclamer innocente alors que cela est faux, cela pose inévitablement question sur la manière avec laquelle un tel parti pourrait pratiquer le pouvoir.

Malheureusement, je pense très sincèrement, que cette affaire aura un effet extrêmement limité dans l’opinion et que jamais un candidat, de surcroit populiste, n’a été battu à cause d’une affaire judiciaire. Même si les Etats-Unis sont un pays différent de la France, nous avons pu constater que la probité n’a pas eu un effet dans l’issue du scrutin. Il existe un fanatisme dans l’électorat RN qui fait qu’il en faut vraiment beaucoup pour détourner l’électorat de ce parti.

Ce qui est certain donc, c’est que le seul moyen de battre le RN, c’est d’aller sur le fond des dossiers. Ne pas miser sur la mauvaise image qui serait associée à cette condamnation et encore moins essayer de réanimer un réflexe républicain.

Le Rassemblement National est attaquable sur le fond, encore plus en ce moment avec le contexte international contemporain quand tout le monde connaît les accointances entre ce parti et la Russie de Vladimir Poutine. Rappelons d’ailleurs que le 31 mars 2025,  lors de sa condamnation,  Marine Le Pen a reçu le soutien de tous les plus grands démocrates de ce monde : Vladimir Poutine, Donald Trump, Viktor Orban, Jair Bolsonaro… Ce parti n’a aucune colonne vertébrale économique : en témoignent ces atermoiements permanents sur l’âge de la retraite au point qu’il n’y a pas un seul français qui soit sincèrement capable d’expliquer ce que propose ce parti à ce sujet. Le Rassemblement National malgré ses apparences de sérieux économique porte un programme profondément dangereux en ces temps de disette budgétaire avec des baisses d’impôts massives, et des moyens de financement très incertains, en particulier la réduction de la contribution française à l’UE, ce qui est littéralement impossible sans accord des 26 autres Etats-membres…

Le Rassemblement National c’est de la démagogie mais pas le courage d’assumer des propositions courageuses.

Le pire des seconds tours serait sans aucun doute un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Un affrontement entre une extrême gauche racialiste, au programme économique suicidaire et une extrême droite dont les prises de position des cadres du parti ne témoignent que d’une incompétence certaine. La seule issue est l’émergence d’une force politique capable d’empêcher cette fatalité : une force politique qui doit être capable de proposer des réformes économiques ambitieuses alliant restauration de la compétitivité et redressement des comptes publics. Une force politique qui soit capable de restaurer l’autorité de l’Etat sans démagogie et une force politique qui soit capable d’assumer un positionnement géopolitique clair, ancré dans le camp occidental. 

 Aujourd’hui, cette force politique n’existe pas et c’est bien le problème. Seuls LFI et RN semblent aujourd’hui audibles sur la scène politique, dans un contexte de surenchère de mesures aussi populistes les uns que les autres, notamment dernièrement face à la canicule. Pourtant, ce qui doit être les questions centrales e la prochaine présidentielle sont : comment assurer la sécurité nationale de notre pays face à la brutalisation du monde à laquelle nous assistons ? Comment résorber l’immense défi de la dette publique qui nuit à notre crédibilité ? Comment réussir à rester dans la course mondiale à l’innovation et à la compétitivité ? A ces trois questions : ni le RN ni LFI n’ont des propositions sérieuses.

Pour conclure, oui la décision de seconde instance est un tournant qui rapproche le RN de l’Elysée c’est indiscutable. Mais il ne garantit rien, et c’est bien cela le plus important : le RN ne perdra pas à cause de ses déboires judiciaires, il perdra si les forces politiques adverses sont capables de porter un projet cohérent et d’attaquer Marine Le Pen sur ses faiblesses programmatiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *