International

Guerre d’Iran: la nécessité d’un point de vue équilibré

 Commençons par une citation « les États-Unis ne peuvent plus être le gendarme du monde ». Cette citation c’est celle de Donald Trump lors de son premier mandat présidentiel, en 2018, lors d’un discours prononcé en Irak.  Cette citation est assez révélatrice de l’idéologie isolationniste de Donald Trump. En effet, ce dernier a été élu en 2016 avec un discours en contradiction totale avec son parti, le parti républicain, en remettant en cause ouvertement les interventions militaires américaines en Irak et en Afghanistan qui ont conduit à des « changements de régime ». En clair, Donald Trump voulait tourner la page définitive du néoconservatisme, cette doctrine qui considérait que l’on peut imposer la démocratie par la force et qui a été le marqueur principal de la politique étrangère de Georges W. Bush.  En soit cette velléité non-interventionniste au Moyen-Orient n’était pas dénuée de sens, bien au contraire. Les interventions américaines au Moyen-Orient se sont avérées systématiquement être un échec :  le renversement de Saddam Hussein a conduit à la naissance de l’Etat Islamique. Antérieurement et dans d’autres régions l’interventionnisme américain n’a pas conduit qu’à des réussites : en Afghanistan, les Etats-Unis ont soutenu des islamistes pour remplacer les communistes pour, au final, se retrouver aujourd’hui avec un régime extrémiste tristement connu et un départ des forces américaines d’Afghanistan dans des conditions déplorables.  Lors de son premier mandat, Donald Trump a amorcé le début du retrait des Etats-Unis du Moyen-Orient et au début de son second mandat, la stratégie de sécurité nationale disait clairement, sans ambiguïté qu’il fallait rompre avec l’interventionnisme américain dans cette zone.  La suite, nous la connaissons, une guerre de 12 jours l’été dernier avec des frappes américaines sur le programme nucléaire iranien et une guerre qui a commencé le 28 Février, menée par les USA et Israël par des frappes massives sur l’Iran, provoquant un embrasement total de la région.  Une guerre avec des objectifs, qui, chaque jour s’avèrent de plus en plus flous : la volonté de changement de régime n’est pas claire, tout comme les objectifs militaires. Evidemment et c’est sans doute le plus important, l’Iran reste un régime théocratique qui a massacré sa population (30 000 morts) en moins d’un mois lors de manifestations.  C’est un régime qui a financé le terrorisme dans la région (avec les proxys) mais aussi en Europe.  L’essentiel est donc d’adopter un point de vue équilibré : sans sombrer dans l’anti-américanisme primaire, mais en ayant aussi un regard critique sur cette intervention américaine qui s’avère aujourd’hui, être une catastrophe pour la région mais aussi le monde entier.

Contexte géopolitique

Comme nous le savons, cette guerre oppose Israël et les Etats-Unis à l’Iran. En effet, en 1979 le régime monarchique du Shah a été renversé par une révolution iranienne qui a mené au pouvoir l’ayatollah Khomeini, donnant naissance à une théocratie islamique.  Ce régime a la particularité d’être très autoritaire et a connu de nombreux mouvements : avant 2025, la dernière était en 2022, un mouvement particulièrement monté par des femmes qui protestent contre l’application par le régime de la Charia (donc en particulier le port du voile obligatoire). Ce régime depuis sa naissance joue un rôle déstabilisateur dans la région Moyen-Orientale par le financement de « proxys » donc des groupes paramilitaire d’obédience islamistes aussi : le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, le Hamas à Gaza et des milices chiites irakiennes. Depuis la naissance de ce régime, le Moyen-Orient connaît une guerre froide entre d’un côté, les monarchies conservatrices telles que l’Arabie Saoudite ou les Emirats Arabes Unis à l’Iran. Une guerre froide instrumentalisée par les superpuissances (La Chine et la Russie sont proches de l’Iran, les USA de l’Arabie Saoudite).  Cette rivalité se transpose dans de multiples conflits régionaux : en Syrie jusqu’en 2024, l’Iran soutenait le régime Assadien, l’Arabie Saoudite au départ soutenait les rebelles avant de renouer avec Assad. Au Yémen, l’Iran soutient les Houthis quand l’Arabie Saoudite soutient le gouvernement en place. Enfin, le dernier point saillant et sans doute le plus important, c’est le programme nucléaire iranien :l’Iran a développé un programme nucléaire qui avait déjà commencé sous le régime du Shah et s’est poursuivi depuis l’établissement de la République islamique, avec une inquiétude majeure pour Israël mais aussi les monarchies du Golfe, avec le risque d’une prolifération régionale si l’Iran venait à obtenir la bombe nucléaire. L’Iran tenant un discours profondément agressif à l’égard d’Israël ne faisant pas mystère de son envie d’anéantir ce pays en tant qu’ « entité sioniste » ce qui suscite des inquiétudes si ce régime venait à obtenir l’arme atomique

Une politique d’atermoiements permanents

Depuis que Donald Trump est revenu au pouvoir en 2025, la politique américaine à l’égard de l’Iran est faite d’atermoiements permanents : volonté de dialogue apparente avec des négociations interminables sur le nucléaire mais usage de la rhétorique militaire permanente. En Juin 2025, après huit jours de bombardement Israéliens sur le programme nucléaire, les Etats-Unis ont mené des frappes ciblées sur celui-ci.

Parallèlement, ce conflit prend naissance dans une montée exponentielle des tensions entre Israël et l’Iran qui s’est illustrée d’abord par un conflit par procuration entre Israël et l’Iran dans de multiples zones : Syrie, Yémen, et Gaza. Depuis le 7 Octobre 2023, les tensions au Moyen-Orient ont explosé : évidemment à Gaza mais aussi dans toutes les régions avec un objectif assumé de Netanyahou d’anéantir le régime iranien et ses proxys, en raison du soutien apporté au Hamas par l’Iran. Une série de bombardements réciproques ont eu lieu entre l’Iran et Israël à partir de 2024.

 Les Etats-Unis et Israël affirmaient que l’Iran était sur le point d’avoir l’arme atomique sans aucune preuve, l’AIEA ayant dit le contraire.  Le 28 Février 2026 donc, de nouvelles frappes ont lieu avec un objectif revendiqué par Trump de réduire les capacités militaires et nucléaires de ce régime voire de changer de régime, mais ce dernier point n’est pas très clair justement.  Cette guerre a eu des conséquences concrètes : une réplique iranienne mais qui contrairement à 2025 ne s’est pas limitée à Israël mais à toute la région et donc en particulier les monarchies du golfe avec pour objectif de viser les bases américaines initialement mais aussi depuis peu les infrastructures civiles en particulier énergétiques et les usines de désalinisation.  Ce conflit  a des conséquences économiques : les frappes sur les infrastructures énergétiques et le blocage du détroit d’Ormuz   provoquent une flambée du prix du gaz et du pétrole. Les bases européennes sont aussi prises pour cibles, et un soldat français l’a payé de sa vie.

Une guerre légitime ?

Les objectifs militaires

Comme dit précédemment, il est important de comprendre que les objectifs sont flous. Il est donc important de distinguer les buts militaires et politiques. D’abord militaires, oui le programme nucléaire iranien est une menace. Beaucoup de pseudo-analystes très souvent marqués à l’extrême gauche, considèrent que puisque Israël a l’arme nucléaire illégalement l’Iran devrait avoir le droit de l’avoir. Cette vision biaisée ne prend pas en compte une réalité, c’est que la république islamique de l’Iran depuis sa naissance fixe comme objectif la destruction d’Israël, à l’inverse Israël qui a l’arme nucléaire n’a jamais utilisé celle-ci sur l’Iran ou ailleurs. L’objectif que l’Iran n’ait pas la bombe atomique est donc vital. En ce sens des frappes ciblées sur le programme nucléaire peuvent être légitimes, à la condition que l’AIEA affirme que l’Iran soit proche d’avoir l’arme atomique et que les alliés soient concertés. Aucune de ces conditions n’a été remplie en 2025 comme en 2026.  Soulignons également que Donald Trump subit les conséquences de sa propre politique lors de son premier mandat. En effet, en 2015 sous la présidence Obama avait été signé le JCPOA, un accord sur le nucléaire iranien, plutôt bon qui imposait un contrôle régulier. Evidemment, cet accord était imparfait et à l’époque la France,  portait la voix la plus exigeante, et c’était une bonne chose. Il aurait fallu que celui-ci comporte des clauses relatives aux proxys ou au balistique. Néanmoins, sur la partie spécifique au nucléaire, l’accord était plutôt bon. Pour autant, Donald Trump a choisi d’en sortir en 2018, sans justification si ce n’est que c’était un accord d’Obama son rival historique. Bilan : depuis cette date, l’Iran continue son programme nucléaire d’une manière de plus en plus opaque et tout dialogue entre l’Iran et l’Occident est rompu. Quand Donald Trump cherche absolument un accord sur le nucléaire, il cherche en réalité à réparer ses erreurs.  De plus, il est essentiel de se souvenir que Donald Trump prétendait avoir détruit le nucléaire iranien en 2025 après les frappes américaines, il traitait même les journalistes qui avaient des doutes de « menteurs » ou d’auteurs de fake-news. Pourquoi dans ce cas dire que l’Iran était tout proche d’avoir la bombe en Février 2026 ?

Concernant le balistique, évidemment, c’est une menace pour Israël mais aussi tous les pays de la région. Pour autant, si des frappes doivent avoir lieu il faut qu’il y ait concertation des alliés. De plus, le Pentagone affirmait que le programme balistique menaçait directement les USA ou des pays européens. Premièrement, rien ne le prouve ! Et même si l’Iran disposait de missiles capables d’atteindre l’Europe ou les USA, jamais ils ne le feraient pour la simple raison que ce serait un suicide total.

Les objectifs politiques

Concernant les objectifs politiques à présent, ils sont beaucoup plus discutables. Les changements de régime imposés se sont avérés être une catastrophe de manière systématique donnant naissance à des régimes instables ou extrémistes et in fine du terrorisme : Libye, Irak, Afghanistan… L’Iran est un régime théocratique réactionnaire qui a massacré sa population, allant jusqu’à chercher des opposants dans les hôpitaux pour les tuer. Aucune complaisance avec ce régime ne peut être acceptable. Pour autant, jamais un régime n’est tombé sous des bombes et la conséquence que nous voyons aujourd’hui avec cette guerre : c’est que ce régime résiste, et que même si l’ayatollah Khamenei est mort, ce sont aujourd’hui des individus encore plus radicaux qui gouvernent l’Iran.

Que doivent faire la France et les pays européens ?

Différents sondages d’opinion ont monté la très forte opposition des français à une entrée en guerre de la France et c’est justifié tant que la France n’est pas explicitement visée par l’Iran. Récemment, Donald Trump a tenté de mettre la pression sur l’OTAN pour que celle-ci intervienne au détroit d’Ormuz, tous les pays européens ont refusé, ce qui a provoqué la colère de Trump qui menace désormais de sortir de l’OTAN. Rappelons que Donald Trump depuis son retour en 2025, n’a fait que montrer son hostilité aux européens : guerre commerciale, menaces d’annexion du groenland, négociations avec Poutine sur le dos des européens et de l’Ukraine. Il est fort que celui-ci demande de l’aide à présent ! Il faut saluer à ce titre le courage des européens qui ont su dire non unanimement.

Maintenant, la question du détroit d’Ormuz est cruciale, l’Europe en dépend et un blocage du détroit d’Ormuz provoque une profonde instabilité. Il faut donc se poser sérieusement la question d’une opération d’escorte européenne des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz. Pas une opération offensive comme le font les USA et Israël mais une opération sur le modèle d’Aspides en Mer Rouge  face aux Houthis qui imposent un blocus en ajoutant la possibilité de viser des cites militaires si des missiles ou drones sont envoyés. Une opération à la fois défensive et offensive avec comme unique objectif : la restauration de la libre-circulation  dans ce détroit. Pour cela, il faut cependant que tous les pays européens se retroussent les manches, rappelons qu’en Mer Rouge, seuls trois pays (France, Italie, Grèce). participent à l’opération Aspides qui pourtant défend les navires de l’ensemble des pays européens, et la marine française est la seule à avoir une présence permanente dans cette région.

Il est essentiel de dire un mot sur notre rôle en tant que français dans cette guerre : nous avons une présence militaire importante au Moyen-Orient, donc il est du devoir de la France de défendre les pays du Golfe et des accords de défense ont été signés en ce sens. La France le fait déjà. Il est aussi important de rappeler que l’histoire de la France n’est pas très glorieuse : celle-ci a caché l’ayatollah Khomeini et des intellectuels français comme Michel Foucault ont ouvertement soutenu la révolution iranienne.

Pour conclure: Xi Jinping et Poutine peuvent sabrer le champagne

Pour conclure,  cette guerre serait légitime si les objectifs étaient clairs, objectifs et appuyés par de vraies études indépendantes, rien de tout cela n’est respecté. Ce qui est triste, c’est que contrairement à ce que dit Trump, l’Iran est en train de gagner la guerre : personne ne s’attendait à une telle riposte. SI le régime est affaibli il est toujours là et dispose d’immenses moyens de pressions notamment sur les usines de désalinisation dans les pays du Golfe. La gestion erratique de Donald Trump qui ne fait que reculer à chaque ultimatum fixé à l’Iran, donne à sourire mais la réalité c’est que nous assistons en direct à l’effondrement progressif mais réel de ce qui a été la superpuissance américaine.  Si les Etats-Unis finissent la guerre avec un détroit fermé et un régime maintenu encore plus radical, c’est une catastrophe pour la région, et pour le monde. Après cela, le régime sera plus que jamais motivé à poursuivre son programme nucléaire, les pays du Golfe perdront confiance en les USA. Plus largement, c’est une région qui, certes, a toujours été conflictuelle, qui s’embrase totalement et jamais un retour en arrière n’arrivera, l’instabilité totale est ancrée au Moyen-Orient, surtout si le régime tient. Enfin : si les Etats-Unis censés être les garants de l’ordre libéral international, s’en prennent à des infrastructures civiles et commettent des crimes de guerre, que peut-on dire à Poutine en Ukraine ? Que dira-t-on si demain Xi Jinping choisit d’envahir Taïwan ?  Au final, deux dirigeants doivent et a raison sabrer le champagne : Vladimir Poutine et Xi Jinping.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *