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Menace Russe : Le pire est à venir ?

C’est l’un des thèmes qui s’est imposé en haut de l’agenda du gouvernement français mais aussi de l’ensemble des gouvernements européens : la menace Russe. Et pour cause les actes hostiles venant de la Russie se sont considérablement intensifiés depuis quelques semaines : l’attentat attribué à la Russie de l’aéroport de Leipzig en Allemagne,  l’attaque ferroviaire récente en Pologne, des drones qui s’écrasent en Moldavie, des survols de drones d’infrastructures critiques au Danemark, en Norvège ou en Pologne.  La Pologne est un pays particulièrement ciblé par les cyberattaques Russes. Evidemment, la Russie cherche à faire payer les européens leur soutien à l’Ukraine, conflit, où la situation s’enlise avec d’un côté une Ukraine qui arrive à frapper en profondeur, jusqu’au cœur du pays, soit Moscou, ce qui était inimaginable il y a 1 an et une Russie qui s’enlise mais parallèlement mène des frappes de plus en plus violentes à Kiev. Dernièrement, Emmanuel Macron a réuni les chefs des principaux partis, le vendredi 18 Septembre où notamment la direction des renseignements militaires leur a présenté les différentes menaces possibles en France venant de la Russie. L’expression faciale des dirigeants de partis à la sortie de cette réunion laisse penser que les nouvelles étaient peu réjouissantes. Un plan de protection des infrastructures critiques a été annoncé par le Président français suite à cela. Tout cela est à remettre dans un contexte plus large : l’Union Européenne va traverser un moment électoral particulièrement intense : France, Italie, Espagne, Pologne, Grèce, Finlande, Estonie, Slovaquie… tout ça en 2027. Un moment propice à de  fortes ingérences Russes, comme elle a su si bien le faire depuis plusieurs années. D’ailleurs, en Allemagne, l’AFD mais aussi Die Linke deux partis au discours pro-Russe (rappelons que l’AFD en plus d’être un parti dont certains cadres ne cachent pas leur nostalgie pour un ancien dirigeant allemand très présent dans les livres d’Histoire, souhaite renforcer l’apprentissage du Russe dans les écoles).  Le tout avec un président Américain dont la politique étrangère étonne chacun chaque jour et laisse planer un très gros doute sur son éventuel engagement en cas d’attaque d’un pays de l’OTAN. En clair : la situation est grave, et l’important, c’est de ne pas céder à la psychose tout en étant conscient des enjeux qui se présent, un équilibre bien difficile à trouver.

La guerre hybride est déjà là

Contrairement à ce que vit l’Ukraine, la Russie, à ce stade, ne mène pas de guerre directe contre les pays européens, c’est une guerre hybride.  C’est-à-dire que la guerre se fait à coup de désinformation et d’ingérences notamment électorales, de drones, de violation de l’espace aérien et potentiellement de terrorisme d’Etat. Cette guerre dure depuis longtemps, depuis 2014 en réalité mais monte progressivement en intensité depuis quelques semaines. Par ailleurs, les renseignements américains alertent de plus en plus souvent sur le risque d’une attaque Russe beaucoup plus violente potentiellement dans les pays Baltes, en Pologne ou en Finlande ou en Norvège. Plusieurs scénarii dans ce sens ont été établis par plusieurs Etats majors européens. Quand certains en France disent que jamais les chars Russes ne défileront sur les champs-Elysées, c’est vrai, pas plus qu’ils ne défileront à Berlin, mais là n’est pas la question, et ceux qui disent ceci ne comprennent pas (ou font semblant de ne pas comprendre) le concept de guerre hybride. La guerre hybride ça peut être de la désinformation pour semer le chaos, des sabotages, ou même des attentats quand nous l’avons vu à Leipzig où un drone chargé d’explosif s’est approché d’un aéroport avec les conséquences que cela aurait pu avoir.  

Mélenchon, Roussel, le RN: les nouveaux collabos

Certains dans la classe politique continuent de relativiser cette menace, Jean-Luc Mélenchon en fait évidemment partie, avec une phrase absolument terrifiante : Personne n’a l’air de s’inquiéter de la raison pour laquelle la menace paraît plus grande aujourd’hui de la part de la Russie qu’elle ne l’était il y a quelque temps. Pourquoi ? » avant d’ajouter : « Ce n’est pas pour excuser la Russie puisque dès qu’on dit une parole de bon sens et de raison, on se voit accuser d’être des déserteurs du combat. Mais tout de même, qui peut imaginer qu’un pays laisse sa propre capitale être attaquée et n’apporte aucune réponse à une situation pareille ? Ça n’existe pas. Même si la Russie est l’envahisseur de l’Ukraine. ». En soit, très probablement, que la Russie intensifie sa guerre hybride parce-que l’Ukraine frappe en profondeur la Russie. Rappelons néanmoins juste une réalité que semble oublier Mélenchon, c’est que Vladimir Poutine dispose d’une solution extrêmement simple s’il ne souhaite plus subir de frappes sur son sol : retirer ses troupes d’Ukraine. D’ailleurs, les propos de Mélenchon sont à nouveau profondément dérangeants puisqu’il semble considérer que l’Ukraine n’aurait pas le droit de frapper en profondeur la Russie, alors que cette dernière mène des frappes d’une rare violence quotidiennes sur l’Ukraine. Enfin rappelons que l’Ukraine fait en sorte d’éviter le plus possible les cibiles civiles, quand la Russie frappe délibérément des civils, récemment des centres commerciaux par exemple.

Dans le même bord politique, nous avons aussi Fabien Roussel, qui sous-entendait à la sortie de la réunion du 18 Septembre que la France comme ses alliés n’avait pas fait le nécessaire pour parvenir à une issue diplomatique. Rappelons simplement que l’Ukraine est prête à faire des concessions et que Zelensky s’est dit prêt en décembre 2025 à faire des concessions territoriales. Mais pour la Russie, ce n’est pas suffisant, Poutine souhaite l’entièreté du Donbass, cela incluant des territoires que la Russie n’a même pas encore conquis, et une armée ukrainienne réduite au strict minimum. L’Ukraine est prête à des concessions pas la Russie.

Petit rappel sur le « coût » de l’aide à l’Ukraine

Enfin, parlons du Rassemblement National, qui a été traité, récemment,  de parti russophobe par Medvedev (qui ce jour-là avait du coup comme souvent prendre le verre de Vodka de trop) Ce parti s’est élevé récemment la décision Russe de saisir les actifs d’entreprises françaises présentes en Russie, dont Auchan. Si Marine Le Pen cherche à faire oublier son passé pro-russe, les faits ne mentent pas, et il y a peu le Rassemblement National disait encore qu’il fallait « couper le robinet à l’ukraine » (louis Alliot). Rappelons deux points :

  • Premièrement, l’aide à l’Ukraine pèse très peu sur le budget français, contrairement à ce qu’affirme le RN. Pourtant, en réalité l’aide financière directe à l’Ukraine ne représente que 800 millions d’euros depuis quatre ans. Les 26 milliards d’euros souvent cités depuis 2022, ne sont pas des aides directes : cela inclut des livraisons d’armes, des prêts, et surtout sur les 26 milliards, 18 viennent de l’UE. Le détail du calcul a été fait par l’institut Kiel. Si le Rn est si préoccupé que ça par le déficit, qu’il propose de réduire les dépenses sociales et qu’il cesse ses propositions démagogiques comme récemment le retour de la retraite à 62 ans voire 60 ans ou la baisse de la TVA sur l’essence.
  • Deuxièmement, qui peut croire rationnellement Poutine quand ce dernier jure qu’il va s’arrêter à l’Ukraine ? Vladimir Poutine fonctionne dans une logique de sphère d’influence, si l’UE lâche l’Ukraine il comprendra qu’il pourra aisément s’en prendre aux pays Baltes et demain pourquoi pas la Finlande ou la Pologne. Evidemment, le sujet n’est pas une invasion Russe en France, personne ne dit ça, mais la réalité est que ceux qui appellent aujourd’hui à se désinteresser du sort Ukrainien et même à forcer sa capitulation sont les mêmes qui se sont réjouis de brader la Tchécoslovaquie à Hitler en 1938.

Que faut-il craindre ?

La réalité est que nous le savons, demain des chars Russes ne vont pas débarquer à Narva, en Pologne ou ailleurs. Tout d’abord, pour une raison simple, nous l’avons vu avec la guerre en Ukraine, mais aussi la guerre en Iran que les chars ne servent plus à rien. Par ailleurs, Vladimir Poutine est dans l’incapacité de déployer des chars Russes sur de telles distances, du fait des frappes Ukrainiennes sur les raffineries. La réelle menace vient principalement des airs et surtout des drones, aucun pays européen n’est à l’abri d’un essaim de drones. Sur ce point-là justement les pays européens sont largement démunis et pour le comprendre, regardons ce qu’il s’est passé au Moyen-Orient. Les monarchies du Golfe, nous le savons, ont fait face à des missiles mais aussi à des attaques de drones massives venues d’Iran. Résultat : faute de moyens anti-drones, ces pays se sont retrouvés à abattre des drones avec des missiles patriots qui coûtent un million d’euros l’unité face à des drones  à quelques milliers d’euros. Cela entraîne un gouffre financier monstrueux et surtout des pénuries. La meilleure preuve : les américains sont, aujourd’hui, incapables de fournir une aide anti-aérienne aux ukrainiens, car il y a une pénurie de missiles patriots.

La bonne nouvelle c’est que les européens ont une solution : elle s’appelle l’Ukraine.

Ce pays, qui rappelons-le a réussi à opérer une adaptation complète à la guerre du futur en seulement quelques années, grâce au talent de ses ingénieurs, peut être d’une aide précieuse aux européens, comme elle l’a déjà été auprès des monarchies du Golfe auxquels elle a apporté une expertise militaire face aux attaques iraniennes. Récemment, Aurélien Duchêne consultant en géopolitique a proposé récemment un partenariat industriel donnant-donnant, avec l’implantation d’usines ukrainiennes en Europe de drones et d’anti-drones, en échange de l’envoi de systèmes anti-missiles en échange à Kiev. Les européens ont tout gagner à un tel partenariat et les ukrainiens ont largement fait leurs preuves sur ce sujet. Il est aussi important d’avoir un raisonnement mercantilliste : si demain la guerre s’arrête, il est évident que l’Ukraine va devenir, à moyen terme, une puissance majeure en Europe et peut-être l’usine militaire de l’Europe, et ceux qui auront su saisir l’occasion de partenariats industriels suffisamment tôt seront gagnants. L’intiative Skyshield récemment proposée et défendue aussi par Aurélien Duchêne mérite aussi d’être étudiée : sans aller jusqu’à une zone d’exclusion aérienne, simplement abattre les drones et missiles qui arrive en Ukraine, sans entrer directement dans le conflit, il peut s’agir d’une proposition intéressante qui mérite d’être mise en avant. Dans le même registre, il  est nécessaire que les pays européens n’aient pas peur d’abattre les drones voire les avions Russes qui violent l’espace aérien. Enfin, alors que la Russie a décidé de saisir les avoirs français en Russie, il paraît évident que les européens n’ont aucune raison de se priver de faire de même avec les avoirs Russes gelés en France et en Europe, mais pour cela il faudrait que la Belgique (principal pays accueillant des avoirs Russes) ait le courage de le faire.

Menace sur les Outre-mer

Enfin, comme nous l’avons vu la menace Russe ne sera pas une invasion directe ou une guerre de tranchées, c’est une menace hybride de plus en plus violente. Et face à cela, la France est particulièrement avec ses territoire d’Outre-mer, la Russie pourrait très probablement mener une guerre hybride à coup de désinformation en Nouvelle-Calédonie, ou dans les territoires disputés. A ce titre, rappelons que la Russie soutient ouvertement les Comores dans leur revendication sur Mayotte ou Madagascar dans sa revendication des îles éparses. Une guerre ouverte avec ces pays est évidemment impossible mais une guerre hybride à coup de drones ou d’incursions navales n’est pas du tout impossible : la Russie ayant notamment récemment renforcé son soutien militaire à Madagascar depuis le coup d’Etat de 2025, et l’hypothèse d’un conflit militaire autour des îles éparses fait partie des 11 scénarios noirs établis par l’armée française en 2023.

Pour conclure: ne pas céder à la psychose, ni être aveugle

Pour conclure, ce qui est vraiment important, c’est de ne pas céder à la psychose, que créent pourtant certains médias à être en boucle sur ce sujet. Mais ce qui est important aussi c’est d’être lucide sur la menace avec rationalité. A ce titre, les propos il y a quelques mois du chef d’Etat major Fabien Mandon disant qu’il fallait être prêt à « perdre des enfants » me paraissent être une grave erreur. Personne n’a envie de perdre son enfant et ce n’est pas avec de tels propos qu’une majorité de français sera convaincue de la nécessité de se défendre face à la Russie. Le problème avec ce genre de propos c’est qu’ils sont trompeurs : demain nous n’allons pas revivre 1914 et envoyer des français en Ukraine ou ailleurs la fleur au fusil. La réalité de ce que nous allons vivre dans les années est une intensification des attaques hybrides par drone, par la voie cyber, par la désinformation, et le défi c’est la capacité à y faire face. Sur ce point justement, c’est ici que chaque citoyen est responsable : la première arme de la Russie c’est la désinformation, et il est essentiel que chaque citoyen fasse son travail d’information et ne prenne pas pour argent comptant les publications de bots Russes sur Instagram ou Tiktok, mais qu’ils prennent le temps d’écouter des spécialistes, et de s’informer en croisant les sources. Si chaque citoyen ne fait pas l’effort de s’informer correctement et ne fait que gober la propagande du Kremlin, alors ce dernier aura gagné sa guerre contre l’Europe, sans avoir tiré un seul coup de feu…

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